A l’époque, je n’imaginais pas que le métier de relieur existait. Je ne m’étais même jamais posée la question de savoir comment se fabriquait un livre.

Code APE 1814Z, elles sont une petite dizaine de femmes à exercer le métier de relieure à Strasbourg. Un métier d’artisanat d’art qui se perd.

Nous avons rencontré Cécile Coyez qui nous parle d’une passion née sur le tard.

Parlez-nous de votre métier de relieure ?

En 2014 j’ai décidé de fermer le chapitre d’une première carrière dans les affaires européennes avec comme seul objectif celui de me reconvertir à 180°.

Curieuse de nature, j’avais accepté un peu par hasard, l’invitation d’un ami à participer à un stage de reliure organisé par Maurice Salmon, relieur à Strasbourg et membre de la Fédération Régionale des Métiers d’Art (FREMAA). A mon entrée dans l’atelier, j’ai à la fois été fascinée par les outils, gestes et savoir-faire traditionnels et en même temps je me suis sentie un peu « honteuse » de mon ignorance. Mais quelle fierté, à l’issue de deux jours de stage d’avoir réalisé mon tout premier carnet !

Si la magie a opéré et que j’ai compris ce jour là quel serait mon nouvel avenir professionnel, j’ai aussi rapidement découvert que la reliure recouvrait deux réalités professionnelles : la première tournée vers l’industrialisation, la seconde artisanale. L’usage de machines augmente radicalement la productivité mais laisse peu de place à la créativité, ce monde-là ne m’attirait pas. En revanche, l’artisanat, la possibilité de prendre son temps m’a totalement séduite.

A la suite du stage de « découverte », Maurice Salmon m’a proposé de suivre une formation dans son atelier, à raison d’un jour par semaine. Cette solution me convenait particulièrement car elle me permettait de continuer à travailler à côté tout en apprivoisant progressivement l’idée que je pourrais en faire mon métier ! Il m’a patiemment appris les bons gestes, ceux où justement il convient de prendre son temps, et m’a transmis son savoir-faire : apprivoiser les outils, faire et refaire jusqu’à ce que le résultat corresponde à ce que l’on avait imaginé, respecter le temps du livre aussi, qu’il s’agisse de mises en presse ou de temps de séchage. Dans ce métier, il n’est jamais bon de vouloir se presser.

Au bout de deux ans, j’ai passé avec une immense fierté mon CAP Art de la Reliure Dorure en candidat libre. Ce qui était au départ une quête d’apprentissage et de découverte est ainsi devenue mon activité professionnelle.

Depuis, j’ai ouvert mon atelier à Neudorf tout en étant intégrée dans la coopérative d’activité Artenréel, et souhaite proposer, aux particuliers comme aux professionnels des reliures uniques. Il peut s’agir évidemment de redonner vie à un ouvrage abîmé par le temps, de créer un livre d’or, un album photo, un album de naissance, ou bien réaliser une micro-édition d’un manuscrit. Aujourd’hui, je savoure le temps de la création : au delà de la technique, la seule limite est celle de mon imagination… La structure, l’apparence d’un livre prennent alors un sens différent, unique, comme une continuation du fond et du message porté par les mots.

Ressentez-vous Strasbourg comme une ville d’art et d’histoire ?

L’artisanat est très présent à Strasbourg. Même dans mon quartier, j’ai découvert avec surprise plusieurs artisans d’art et créateurs, que rien ne laissait deviner… Au centre ville, il suffit de lever le nez pour retrouver les traces des corporations très développées au Moyen-Age. Strasbourg bénéficie du label Ville et Métiers d’art depuis 1998. Une véritable politique a été mise en œuvre pour préserver, valoriser, et promouvoir l’artisanat et ses savoir-faire. Tout au long de l’année, des événements sont témoins de cette démarche active :

Mais il y a aussi de la place pour les petits créateurs avec l’organisation des marchés de créateurs tel que Artis’âmes. J’y expose mes carnets ou mes œuvres et j’apprécie d’y échanger avec le public pour partager ces gestes d’antan. J’essaie ainsi, à ma petite échelle, de partager ce savoir-faire, de faire connaître ce métier, parce qu’il est beau et rare. Et enfin, même si cet art est ancestral, j’utilise avec plaisir des moyens de communication un peu plus modernes !

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Que ce soit sur ma page facebook, mon compte instagram ou via mes articles de blog j’aime expliquer la démarche artistique inhérente à chaque création. A mon sens, les techniques ne sont que des outils. Et celles-ci, ces savoir-faire, gestes, sont suffisamment rares pour devoir être partagés, rendus publics. Ce n’est pas la technique qui fait le livre, mais l’âme que l’on met dans sa création !

Tous les ateliers et professionnels des métiers d’art du territoire ainsi que les boutiques et galeries proposant des créations métiers d’art sont répertoriés sur le site www.metiersdart.grandest.fr.

Caroline Gomes, Chargée de l'artisanat à la Ville et à l'Eurométropole de Strasbourg

Crédit photo : L’Oeil du Phoenix